November 05
Hamid
Mon sandwich avalé, je me suis installée à une table à l’abri
de la pluie, à quelques pas du centre où se trouve mon bureau, l’écran de l’ordinateur
et les combinés téléphoniques qui sonnent à tout va. Un havre incertain, à l’écart
du bruit de la rue et des voitures, tout
au fond du couloir qui ouvre sur la salle de musculation.
Un peu de calme. Pas de cris au bout du fil, pas de pleurs, c’est
la pause, un café fume sur le guéridon. Le serveur remplit une grille de mots
croisés.
Derrière la porte vitrée, entre le distributeur de boissons
énergisantes et la bouche chlorée de la piscine qui agrémente l’établissement, ils sont trois.
Hamid, c’est le nom que je lui donne, sa sœur et le
moniteur. Ils montent puis descendent l’escalier. Déjà adulte, si frêle, si
imparfait. Il ne remplit pas ses vêtements conçus pour un corps sain, des
membres durs, des articulations maitrisées.
Il lève un pied, l’oublie au dessus de la marche, le pose
enfin, hisse son corps, la tête dévissée, tournée côté pile.
La dernière marche. Ils tournent. Son visage reste coincé au
dessus de son omoplate, il contemple, la bouche ouverte, indifférent à toute
condescendance, ce qu’il y a derrière. Les yeux cernés, le regard fixe, les
membres en vrac, mal attachés, tout de guingois, il lève la jambe au bout de
son pied.
Doucement, lentement, il recommence entre ses deux piliers. Une
marche, une autre, jusqu’en haut. Un tour, une marche, une autre jusqu’en bas.
Il s’agrippe à la
barre que tiennent ses compagnons. Il s’applique lorsqu’il entend. Il voudrait savoir ce qu’il y
a derrière tout ça. Il s’affaisse. Il a oublié de monter, de descendre. C’est
dur. On le retient. On le soutient. On l’encourage. Il apprend à marcher. Il
doit encore apprendre à regarder devant, y trouver quelque chose d’intéressant.
Combien de temps pour savoir ce qui se passe derrière, ce qui se cache, toute une vie sans doute, le
corps vrillé autour d’un axe cassé, agrippé à la barre tendue.
Le son d’une main applaudissant dans le vide. Bravo Hamid,
encore une fois. Un sourire furtif. Il apprend à descendre, il apprend à monter.
Bonne journée Hamid. Je vais retrouver ceux qui crient fort,
bien plantés sur leur axe.